Droits des femmes

#LibertéPourValérie : dans les coulisse de la mobilisation pour la liberté de Valérie Bacot

“Je voudrais remercier la cour, et tout le soutien que j’ai eu de tout le monde… C’est un nouveau combat maintenant pour toutes les autres femmes, et toutes les maltraitances.”

Par ces quelques mots prononcés à la sortie du tribunal, Valérie Bacot met fin à 5 jours de procès et plusieurs mois de mobilisation.

Vous avez sûrement entendu parler de l’histoire de Valérie Bacot. Depuis plusieurs mois, une mobilisation d’une ampleur exceptionnelle a pris naissance à l’initiative de proches de Valérie et d’ancien-nes voisin-es. Elle risquait en effet la perpétuité pour avoir tué son ex-mari qui lui avait tout fait subir, mais Valérie est finalement ressortie libre du tribunal, condamnée à une peine symbolique. Au-delà d’une victoire pour Valérie, ce procès marquera l’histoire et fera sans aucun doute jurisprudence pour toutes les femmes battues qui n’ont eu d’autres choix que de tuer leur conjoint pour mettre fin à leur souffrance.

Retour sur l’histoire de Valérie Bacot

Tout commence à l’âge de 12 ans. Valérie Bacot vit avec sa mère, qui rencontre alors un homme qui devient donc le beau-père de Valérie. Quelques mois après son installation, il commence à abuser d’elle. Pour ces faits, il ira en prison 2 ans et demi. Mais dès sa sortie, il retourne dans le foyer et continue à abuser de Valérie qui tombe enceinte à 17 ans.

Chassée de chez elle par sa propre mère, Valérie, enceinte, n’a d’autre choix que de s’installer avec son ex beau-père, qui deviendra son mari quelques années plus tard. 

Commence alors une vie commune qui durera 18 ans. Valérie tombe enceinte quatre fois, mais les violences ne se sont pourtant pas arrêtées. Violence, viols, prostitution forcée…. Valérie vit l’enfer pendant toutes ces années. Un jour, alors que Valérie craint pour l’avenir de sa fille aînée, elle met fin aux jours de son mari, d’une balle. 

Pour s’être libérée de l’emprise et d’un calvaire de 24 ans, Valérie risque alors la perpétuité.

“Un jour, pour qu’il ne nous tue pas, je l’ai tué. Depuis cette nuit-là, celle du 13 mars 2016, le sommeil ne m’a plus jamais trouvée.”

Valérie Bacot

Valérie est revenue longuement sur cette vie, en huis clos, faite de violence, lors d’un très long entretien dans Le Parisien.

Capture d’écran de l’article du Parisien, du 12 mai 2021

Une vague de soutien

Suite à son arrestation en octobre 2017, l’ampleur de l’enfer qu’a vécu Valérie Bacot commence à être connue. Ses voisin-es, des parents d’élèves, des habitant-es de Baudemont en Saône-et-Loire découvrent avec stupéfaction ce qu’il se passait à quelques mètres de chez eux. Une mobilisation commence à naître afin d’entourer cette femme et ses 4 enfants. Un collectif se constitue, composé de nouveaux ami-es et d’ancien-nes voisin-es : Sandrine, Florian, Clémence, Virginia, etc… veulent tout faire pour que Valérie ne retourne pas en prison.

Parce qu’ils ne veulent pas laisser faire, ils choisissent de se mobiliser pour Valérie Bacot et cherchent à médiatiser son histoire pour faire connaître ce qu’elle a vécu. Le 3 janvier 2021, après avoir commencé à alerter les médias, le comité choisit de lancer une pétition sur Change.org

“Je signe cette pétition parce que Valérie a été ma voisine pendant des années je l’ai croisée à l’école plusieurs fois par jour pendant des années sans me douter de ce qu’elle vivait! je signe cette pétition car Valérie est victime de la société elle n’a pas su être protégée ni par les instances judiciaires ni par la cellule familiale ni par l’école ni par nous toutes ces personnes qui l’avons côtoyé. La société est responsable de ce qui est arrivé à Valérie. Je suis Valérie nous sommes Valérie! Valérie ne doit pas retourner en prison! En menant le combat pour Valérie on mène un combat pour toutes les autres et pour que ce qui est arrivé à Valérie ne se reproduise plus il faut agir en amont!”

Sandrine Dubouis, présidente du comité de soutien à Valérie Bacot

“Au-delà de simplement collecter des signatures, la pétition a permis de montrer l’état d’esprit de la société civile sur ce cas et plus généralement par rapport aux femmes battues qui en arrivent à tuer leur conjoint. La société semblait prête à pardonner et soutenir Valérie Bacot dans son combat. Cela est une évolution essentielle et positive de la société civile.”

Florian Maïly, Porte parole du comité de soutien 

L’histoire de Valérie Bacot rencontre un écho très rapidement sur Change.org. Dès les premiers jours, des milliers de personnes choisissent de se mobiliser et de soutenir le combat du comité de soutien. Après quelques semaines seulement, la pétition recueille déjà près de 100 000 signatures. Les journalistes commencent à relayer son histoire et le comité continue à se constituer et à chercher des soutiens. 

Et de nombreux messages de signataires commencent à affluer :

« Je pense qu’elle a assez souffert et qu’il faut la  laisser vivre tranquille avec ses enfants »

raconte Virginie

« Courage à vous madame vous méritez de vivre maintenant et non pas la prison »

témoigne Maguy

Un moment important fera basculer cette mobilisation. Valérie Bacot, qui jusque-là ne souhaitait pas s’exprimer, décide de raconter son histoire face caméra, mais également dans un grand journal et dans un livre co écrit avec Clémence de Blasi (“Tout le monde savait” aux éditions Fayard).

Son témoignage poignant est diffusé dimanche 9 mai 2021 en fin de journée, dans l’émission Sept à Huit. En 12 minutes, Valérie raconte l’effroyable. Les millions de téléspectateurs cherchent alors à soutenir cette femme, courageuse derrière l’écran. 

La semaine qui a suivi, plus de 250 000 personnes signent la pétition de soutien.

La pétition recueille alors plus de 400 000 signatures, ce qui en fait la pétition la plus signée en France en 2021.

L’histoire de Valérie Bacot parle au-delà des frontières. Plusieurs médias étrangers commencent à relayer le combat du comité. Et ce dernier choisit de traduire la pétition en six langues afin que tous les soutiens partout en Europe et dans le monde puissent signer et soutenir Valérie Bacot. Plus de 150 000 personnes à l’étranger signeront la pétition.

“Cette femme a déjà purgé bien plus que sa peine pour le crime qu’elle a commis…”

Sonia, Italie

“Elle a déjà payé la prison avec son tortionnaire et violeur pendant la majeure partie de sa vie. Elle a agi en état de légitime défense et mérite de vivre en liberté pour le reste de sa vie.”

Yolanda, Espagne

“Elle n’est pas à blâmer pour le meurtre, mais tous ceux qui ont gardé le silence !”

Petra, Allemagne

C’est ainsi que la pétition atteindra, la semaine avant le procès, les 600 000 signatures.

Au cours du procès, les réseaux sociaux, les journaux, les grands médias ont continué à parler de l’histoire de Valérie. Cette grande mobilisation qui a duré pendant 6 mois, atteint son paroxysme et les soutiens d’anonymes mais également de personnalités affluent. Tous ces soutiens portent Valérie Bacot et le comité qui est à ses côtés durant cette semaine difficile.

Nombreux-ses sont celles et ceux qui ont voulu soutenir physiquement Valérie Bacot lors du procès, en se rendant sur place pour manifester leur soutien. Mais à la demande de Valérie, le comité n’a pas souhaité ces rassemblements pour ne pas nuire à sa défense lors du procès. Les soutiens se sont alors tournés vers les réseaux sociaux pour manifester et des milliers de vidéos et de photos ont afflué sur les réseaux, des messages d’anonymes voulant prendre part à cet élan de soutien.

Au fur et à mesure des échanges durant le procès, la mobilisation s’est encore accrue. Et cette mobilisation connaît une fin heureuse avec l’annonce du verdict le vendredi 25 juin dans la soirée. Les 720 000 signataires de la pétition apprennent que Valérie Bacot ne retourne pas en prison, la demande initiale de toute cette mobilisation.

“La pétition a eu un rôle déterminant dans ce verdict, qui est une première en France. On peut en effet qualifier ce procès et ce verdict d’historiques. Il y a eu des notions, telles que le syndrome de la femme battue, qui ont été abordées et retenues par la cour”.

Florian Maïly, Porte parole du comité de soutien 

La victoire sur la pétition est déclarée dès le lendemain.

« Énorme soulagement pour Valérie et ses enfants, pour vous tous aussi qui ne l’avez jamais lâchée. Un très grand Bravo et beaucoup de Bonheur pour Valérie et ses petits.”

témoigne Françoise

“J’ai été si heureuse lorsqu’il a été annoncé que vous ressortiez libre du tribunal. Je n’aurais pas compris d’ autre verdict.”

écrit encore Christine

Une pétition unique sur Change.org

Change.org a été lancée en 2012 en France. En 9 ans d’existence, il est très rare de voir des pétitions, des mobilisations de cette taille. 720 000 personnes mobilisées pour soutenir une femme dans son combat pour retrouver une vie sans violence auprès de ses enfants, c’est tout simplement unique. 

Voici quelques chiffres qui montrent le côté exceptionnel de cette pétition :

  • C’est la 5ème pétition la plus signée en France
  • Victoire la plus importante en termes de signatures avec les 720 000 signatures. 
  • La pétition a été vue plus de 3.8 millions de fois
  • Et elle a été partagée 280 000 fois

En 9 ans, c’est la deuxième fois qu’une pétition contribue à sauver la vie d’une femme. En 2016, la pétition lancée par Karine Plassard pour demander la grâce de Jacqueline Sauvage, qui avait été à l’origine condamnée à 10 ans de prison pour avoir tué son mari violent, avait connu une fin heureuse avec l’accord de la grâce par le Président de la République. 

“Cette mobilisation exceptionnelle en faveur de Valérie Bacot montre que la force de la mobilisation collective peut sauver des vies et à quel point les membres de Change.org restent mobilisés pour que cessent les violences contre les femmes.”

Sarah Durieux, directrice de Change.org France

“La plateforme Change.org nous a permis d’apporter la brique “soutien citoyen” à notre mobilisation, ce qui est essentiel dans ces affaires si sensibles, afin de montrer que la société était prête à avancer sur ces questions. Cette pétition n’était pas là pour mettre la pression sur le jury ou la cour mais bien pour sonder l’opinion de la société, et quand on a 720 000 personnes qui nous soutiennent, plus de 1,6 million de tweets de soutiens, cela fait chaud au coeur et donne du poids lors du procès.” 

Florian Maïly, Porte parole du comité de soutien 

#LibertéPourValérie #JeSoutiensValérie #ValérieBacot #ValelibreBacot

Written by
Julian Nevo
juillet 1, 2021 12:05