Changez 2017

Consultation Changez 2017 – Le débat

Le 6 décembre dernier, nous avons lancé le programme « Changez 2017 » pour remettre les citoyens au coeur de l’élection présidentielle en présentant les résultats de la grande consultation menée auprès de nos utilisateurs pour savoir ce qu’ils attendent de leur futur-e président-e.

Evine Abdo et Adrien Sergent, utilisateurs de Change.org ont présenté les résultats (à retrouver ici) et leur restitution a été suivie d’un débat animé par le Youtubeur Hugo Travers (HugoDécrypte) en présence de Romain Badouard, chercheur l’université de Cergy-Pontoise, spécialiste des mouvements citoyens et Gilles Proriol, expert en analyse et cartographie de l’opinion publique (Société MUGECO).

Retour sur leurs échanges et les questions du public (si vous voulez revoir le débat en vidéo c’est ici.)

Hugo Travers : Que vous évoquent ces résultats ?

Gilles Proriol :  Nous avons étudié ces résultats avec l’Arbre de connaissance qui permet de représenter une opinion collective sur une question, le profil d’opinion et voir ce qui rassemble et ce qui différencie les répondants. On voit ici des différences d’opinion très nettes qui montrent que l’élection va se passer dans un clivage fort droite/gauche. On a d’un côté des personnes qui s’intéressent plus au questions de sécurité, terrorisme, économie et de l’autre des personnes qui s’intéressent plus aux causes sociales et sociétales. Ceci est corrélé avec l’âge et les revenus des répondants : la sécurité et l’économie sont plus portés par des gens de plus de 50 ans et avec des revenus élevés. La branche de l’arbre qui repose sur les questions sociales : ce sont davantage de moins de 45 ans (environnement, une question générationnelle portée par les plus jeunes) et avec un niveau de revenu plus faible. Les utilisateurs de Change.org ne sont pas représentatifs de la population mais on peut considérer que l’élection ne se jouera pas au centre.

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HT : Mais alors pourquoi Macron est-il si populaire ?

GP : Macron parle de sujets qui intéressent tout le monde : économie et emploi mais ce ne sont pas des sujets clivants pour les gens. L’économie peut rassembler des gens à droite comme à gauche, mais ce qui va amener quelqu’un de droite ou de gauche à s’engager ce n’est pas ça.

Romain Badouard: J’ai tiré deux enseignements de ces résultats :

D’abord que les critères socio-démographiques ne sont pas morts.Même si on retrouve les questions de justice sociale, d’emploi et d’éducation dans toutes les classes d’âges, lieux d’habitation et CSP, le fait d’être de droite ou de gauche a une grande influence sur ce qu’on perçoit comme sujet prioritaire : économie à droite, justice sociale à gauche. Les plus hauts revenus se positionnent plus sur des questions liées à l’économie.

Le deuxième enseignement est qu’il y a une chose qui transcende tout : la défiance par rapport aux médias et à la classe politique. Les médias ne parlent pas de ce qui intéresse les répondants. Cela correspond bien au profil d’utilisateurs de pétitions en ligne : c’est un outil d’interpellation qui exprime une volonté de mise à l’agenda médiatique et politique.

Evine Abdo : Ce que je retiens c’est la forte mobilisation : 43 000 personnes c’est assez important, les citoyens ont voulu montrer qu’ils sont prêts à s’investir et veulent qu’on prenne en compte leur avis. J’ai aussi été étonnée de voir que les agriculteurs et les étudiants sont si proches sur plein de sujets.

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GP :  C’est très important de noter le niveau de participation sur cette consultation. Je pense qu’il s’agit de la 2ème consultation la plus importante menée auprès du grand public en France, la première étant “Désir d’avenir” lancée par Ségolène Royal en 2007 qui a recueilli 100 000 contribution en plusieurs mois alors qu’ici on a eu 43 000 participants en 10 jours. Ce qu’il faut noter c’est qu’il existe un canal, Change.org, qui permet de toucher de façon massive une population. Il faut garder à l’esprit qu’un Institut de sondage n’interroge que 800 personnes donc cette consultation est une participation record.

RB :  Sur le succès des pétitions en ligne, c’est justement parce qu’elles permettent un peu plus d’indépendance et d’auto-gestion des participants. Quand on lance une consultation on décide des questions, alors que les pétitions permettent aux citoyens de décider eux même du sujet et de la manière de diffuser l’information.

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AS :  Cela montre le profond désir des citoyens de s’engager dans le débat public pas de manière classique via les partis et syndicats. Cela grandit de jour en jour via notamment des outils comme Internet. Cette consultation permet de donner des pistes sur un sujet de préoccupation et traduit le désir de démocratie participative des citoyens qui en ont assez d’être spectateurs et veulent prendre part et veulent créer leur propre agenda. Les pétition traduisent ce désir-là et vont devenir un contre-pouvoir. Il y a beaucoup d’exemples de démocratie participative partout dans le monde : budgets participatifs au Brésil à Porto Alegre, en Angleterre et aux Etats-unis les pétitions les plus populaires sont débattues au parlement, en Suisse on peut demander un référendum sur une question via une pétition. Les exemples se multiplient c’est une tendance de fond mais cela doit se développer en France.

HT : Lorsqu’on a demandé aux répondants de décrire leur président idéal, le mot qui est le plus ressorti est celui de l’honnêteté : qu’est ce que ça dit de l’image des politiques ?

GP : Lorsque j’ai vu ce résultat j’ai compris pourquoi Sarkozy a été exclu du premier tour de la primaire de droite. On met beaucoup en avant le courage, l’expérience des politiques mais ce n’est pas ça que les citoyens attendent. Il ne demandent pas quelqu’un de compétent car ils savent qu’un président s’appuie sur une équipe et sur le service public et des fonctionnaires compétents. Ils demandent de l’honnêteté puis des qualités humaines et d’écoute et seulement ensuite de l’efficacité. Cela dit beaucoup de choses sur le type de personnes que les gens attendent.

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RM :  Il y a une véritable exigence d’honnêteté. Dans les médias on a vu la multiplication des affaires qui donne peut-être un prisme déformant selon lequel les politiques sont de plus en plus corrompus alors que justement ils sont de plus en plus poursuivis. C’est certain que demain ce sera plus compliqué de prétendre à des fonction électives avec un casier judiciaire long comme le bras.

AS : Il y a un véritable malaise : les gens se méfient, ce n’est pas le “ tous pourris” mais le problème est surtout qu’il n’y a pas pour les citoyens de moyen de contre-pouvoir. Par exemple il n’y a pas de référendum révocatoire. Dans mon département, Jean-Noël Guérini est empêtré dans des affaires depuis des années mais les citoyens n’ont pas de moyen de stopper son mandat alors qu’aux Etats-Unis cela existe pour le local. Sur le termes d’honnêteté : le concept d’homme ou de femme providentiel(le) s’efface et ce qui revient c’est l’idée de peuple providentiel : les gens veulent être co-acteur de celui qui est élu donc forcément cette personne doit être honnête pour travailler avec toutes les parties prenantes.

GP: Il y a une contradiction dans la consultation, alors que les gens demandent de l’honnêteté, la thématique de la transparence politique a été assez peu retenue par les répondant, sauf les gens d’extrême-droite.

HT : La question que l’on peut se poser est : un candidat n’a-t-il pas plutôt intérêt à être malhonnête et à vendre du rêve pour être élu, les Français n’iront-ils pas plutôt voter pour celui qui donne de l’espoir ?

RB : Je pense que de moins en moins. La fameuse phrase “Les promesses n’engagent que ceux qui y croient”, si un candidat la prononçait aujourd’hui il serait disqualifié. Avant il y avait beaucoup plus d’idéologie dans le débat politique, ce qui est un peu moins le cas aujourd’hui. L’attente des électeurs est plus pragmatique et il y a eu aussi de nombreuses promesses déçues: les citoyens ne veulent plus croire en un rêve mais à des choses pragmatiques.

AS :  Les citoyens veulent des programmes qui leur ressemblent mais surtout ne plus être trahis. Ils veulent un changement de système. La démocratie participative pourrait permettre de forcer les élus à tenir leurs promesses si comme pour la publicité mensongère on pouvait les sanctionner, les mettre à la porte.

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GP:  La démocratie participative c’est le suivi des engagements au contraire de la démocratie sondagière où l’on demande juste l’avis des citoyens. Ca va être de plus en plus le cas. Je ne pense pas qu’on ira jusqu’à un mandat impératif (obliger un élu à démissionner s’il n’a pas tenu ses engagements) mais projet par projet on peut imaginer que cela soit suivi dans la mise en oeuvre par les citoyens.

Questions du public

On parle d’honnêteté comme critère principal et pourtant Eva Joly a fait 2,31% en 2012 et Balkany mis en examen est réélu maire : il y a une intention pas suivie d’effet.

RB : Les répondants sont des utilisateurs de Change.org, donc ils sont engagés et ont une sensibilité citoyenne, ce prisme est aussi lié à ça. Mais il est vrai que la crise de la démocratie n’est pas que la faute des politiques et des médias. Nous citoyens avons aussi une responsabilité.

AS : Le score d’Eva Joly est aussi lié à d’autres raisons (elle venait d’un parti classique). Pour Balkany, sur une seule mairie il est plus facile de mettre en place un système clientéliste ce qui explique que ce soit plus facile pour lui de s’imposer. Donc s’il se présentait aux présidentielles, je ne pense pas qu’il ferait un score meilleur qu’Eva Joly.

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GP : il y a une tension dans la démocratie entre la tentation de l’homme providentiel qui existe pour une partie de l’électorat. Etienne Chouard disait : “on veut voter des lois et pas élire des maîtres” : les gens veulent voter pour des propositions et pas des personnes donc il y a peut-être une corrélation entre cette volonté de participer et cette envie d’honnêteté. Ségolène Royal avec Désir d’avenir était en avance sur son temps. Elle a dit “je ne propose pas un programme mais une méthode de gouvernement car je peux pas vous faire de promesse mais on va le mettre en place ensemble”. Ses concurrents l’ont traitée d’incompétente.

De votre point de vue quel représentativité peut-on accorder à ce type de consultation, par rapport à la communauté Change.org et par rapport aux Français ?

GP : En effet il y a une double représentativité. Concernant la représentativité de l’échantillon par rapport à la communauté Change.org, je peux être catégorique : des tests statistiques permettent de voir que les tendances se stabilisent à partir de 1000 personnes donc cet échantillon est représentatif de la communauté Change.org. Sont-ils représentatif de la population française ? Non. Même s’ils sont plusieurs millions. Cela ne se joue pas en termes d’âge et de revenu mais plutôt les CSP (ce qui n’est pas lié à Change.org mais à Internet en général : les consultation sur Internet attire des CSP + qui sont surreprésentées ici). Et sur les tendances politiques on constate une surreprésentation des écologiques dans la mesure ou les Verts ont toujours été sensibilisés à la démocratie participative.

Avez-vous vu le fait générationnel apparaître d’une façon ou d’une autre ? Un des grands enjeux de ces campagnes dont on ne parle pas.

GP : On pourrait imaginer que les jeunes se préoccupent de l’emploi mais en fait c’est plutôt les personnes entre 50 et 65 ans qui ont un taux d’emploi dégradé. Les jeunes de moins de 25 ans sont plus idéalistes : se préoccupent de grandes causes sociales et sociétales : se préoccupent de protection de l’environnement et moins de justice sociale qui est un terme daté et plutôt porté par les gens de gauche de plus de 75 ans. Mais la protection des droits humains, les droits des femmes, les droits des animaux (corrélé entre les jeunes et les électeurs d’extrême droite) des personnes LGBT, de l’accueil des migrants, ce sont eux qui s’en préoccupent le plus. Les plus âgés sont plus préoccupés par les grandes questions plus traditionnelles de la politique : l’économie, l’éducation, l’emploi, la politique étrangère. Souvent avec une corrélation avec le niveau de revenu et aussi corrélé à la tendance politique (plutôt à droite). Il n’y avait pas d’item sur l’Europe sur le questionnaire : il faudrait poser plus de questions ouvertes pour permettre à la population de faire remonter des priorités auxquelles on n’a pas pensé et ça permettrait d’étudier les verbatims ce qui est utile.

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Peut-on distinguer des différences sur les thématiques importantes entre les grandes villes et petites villes, cette distinction qui s’est faite sur le Brexit entre milieu rural plus conservateur et villes plus progressistes ?

GP : Ce n’est pas un critère qui m’a sauté aux yeux, pas différenciant comme les professions et les départements. Il faudrait faire une analyse plus fine. La datavisualisation permet de le faire.

RB : J’ai regardé la taille de la ville en partant du principe que plus la ville est petite plus c’est un milieu rural et je n’ai pas vu de changement radical mais par contre il y en a suivant les départements. Par exemple l’emploi est plus cité dans le Nord probablement car c’est une région particulièrement touchée par le chômage.

GP : Ce n’est pas parce qu’il y a des choses claires sur la carte qu’il s’agit de la valeur explicatives : elles peuvent être corrélées avec d’autres choses qui elles sont des valeurs explicatives notamment l’appartenance politique.

De quelles manières allez-vous relayer ces informations au niveau politique pour avoir un vrai débat et interpeller les acteurs politiques ?

Sarah Durieux : C’est la suite du programme : avec l’équipe de Change.org nous allons rencontrer les candidats pour qu’ils ouvrent leur profil sur Change.org pour entrer en conversation avec les utilisateurs et partager ces données pour qu’ils les prennent en compte. Utiliser les résultats de cette consultation sera clé. Vous pouvez vous aussi agir pour qu’ils ouvrent leur profil : vous pouvez aller sur le site pour leur envoyer un tweet pour qu’ils le fassent. www.change.org/changez2017

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Au final, vu la place des médias traditionnels et la mécanique des partis avec les primaires c’est ça qui va être déterminant et les autres candidats auront les miettes. Quel impact peuvent avoir les plateformes qui sont différentes des médias traditionnels et des dynamiques de parti ?

RB : Quand on parlait de l’issue de la présidentielle il y a deux semaines on avait une vision différentes de qui seraient les candidats des principaux partis. On est dans une période de flou généralisé en politique. Ce n’est pas parce qu’il y a des plateforme de pétition en ligne que les partis sont finis mais l’envie de participation citoyenne elle s’exprime maintenant par différents canaux et donc l’élection présidentielle est particulièrement incertaine.

GP : Je ne sais pas si cela va influencer le résultat de cette élection. C’est comme la représentativité syndicale : il y a un système en place de gens qui représente de moins en moins de la population et tant qu’il sera en place il continuera à jouer sa propre logique et à défendre ses intérêts. Le combat se situe en dehors de ça. Si on croit à la vision de la politique non pas comme une politique où on irait voter tous les 5 ans et où on s’en désintéresserait le reste du temps, mais si on croit en une politique de l’action et du temps long et du local et si chacun s’implique au niveau local pour peser sur les projets et programmes politique l’élection ne sera plus l’événement-clé.

AS : Pour beaucoup la démocratie ce n’est pas mettre un bulletin dans l’urne tous les 5 ans mais pouvoir intervenir au fil des projets de loi, au fil des débats publics et d’ailleurs c’est ce qui ressortait des réactions Facebook sur les questions participatives et de mandat impératif. C’est l’envie de pouvoir être pleinement impliqué. L’idée est de faire ressortir les propositions des pétitions les plus populaires pour que les candidats les intègrent dans leur programme. Que sous la pression des citoyens ils intègrent des droits nouveaux – comme le fait d’intégrer les pétitions pour des débats au parlement – et qu’on utilise ces droits nouveaux pour en acquérir encore de nouveaux. Quel que soit le candidat élu, le mouvement ne s’arrête pas là. L’idée est de continuer à faire entendre notre voix et à utiliser les droits acquis pour en récupérer de nouveaux.

Comment pouvez-vous avec Change.org faire en sorte que les jeunes s’inscrivent sur les listes électorales et aillent voter pour faire en sorte que l’action participative débouche sur un vote ?

AS : Il faut que quelqu’un lance une pétition pour inciter les jeunes à s’inscrire. C’est l’action micro et après l’action macro je laisse Sarah répondre.

SD : L’essence de Change.org c’est ça  : les actions ce sont les utilisateurs qui nous les proposent. On peut voir avec nos utilisateurs s’ils ont d’autres idées et même si ce n’est pas quelque chose que l’on a pour l’instant planifié ce programme, cela fait partie des choses sur lesquelles on pourra travailler.

GP : Un jour peut-être les gens ne voteront plus pour des personnes mais pour des propositions. Vous aurez un capital de point par exemple 100 points et vous direz je met 30 points sur la protection de l’environnement, et 20 points sur la justice sociale. Et des algorithmes permettront de déterminer quelles sont les propositions qui recueillent le plus de suffrage. Et ensuite on identifiera les personnes les plus compétentes pour appliquer le programme. Cela reste de l’utopie !

Pourquoi ne pas aller plus loin avec Change.org et avoir un représentant de Change.org au parlement pour représenter les pétitions et faire des propositions de loi au parlement?

Benjamin des Gachons : C’est ce qui est fait par la créativité des utilisateurs. Si on prend le cas de la loi qui interdit aux supermarchés de jeter les invendus alimentaires,à la base c’est une initiative de terrain qui devient une pétition qui devient une proposition reprise dans un rapport législatif qui devient une loi. La médiation c’est la plateforme qui le fait, on permet à des propositions d’émerger mais on a besoin du concours et de la participation des décideurs politiques qui acceptent de créer leur profil et de dire, “je prends ces pétitions au sérieux, ça ne remplace pas le processus législatif, je les intègrent dans le processus législatif. De même que ça va  peut-être lever la pression que d’autres lobbys plus intéressés exercent sur moi législateur maintenant j’intègre le fait que des citoyens m’interpellent et je prends au sérieux ce qui se passe sur cette plateforme”.

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GP : Au delà de Change.org et des nouveaux outils numérique formidables il existe d’’autres initiatives en France qui permettent aux citoyens de s’exprimer. La CNDP : la commission nationale du débat public qui pour tous les grands projets d’infrastructures qui concerne l’énergie, les transports, le nucléaire par exemple propose à la population de s’exprimer et de peser dans le projet. Tout le système d’enquête publique oblige la plupart des grands opérateurs d’infrastructures à interroger la population avant un nouveau projet. J’invite donc tous les utilisateurs de Change.org à déjà regarder dans votre région, dans votre collectivité ce qui se passe en terme de démocratie participative car il se passe déjà beaucoup de choses et c’est dommage de se cantonner à Internet alors qu’il y a déjà des débats publics qui s’organisent tous les jours dans les conseils régionaux, dans les mairies et il faut y participer également.

AS : Il y a des initiatives institutionnelles ou citoyennes sur la démocratie participative locale mais il faudrait aller à l’étape supérieure. Par exemple dans les enquêtes publiques peu de personnes participent mais également elles ne sont pas à avis contraignant. Les autorités peuvent ne pas tenir compte de l’avis de la majorité. Il faut peut-être penser à de nouveaux outils démocratique comme en Belgique la conférence G1000 : conférence avec des citoyens tirés au sort qui peuvent donner un avis mais pas seulement consultatif mais aussi à égalité avec l’avis des autres décideurs.

Il faut faire attention quand on parle au nom des gens et à prétendre savoir ce que les gens ont dans la tête surtout quand on parle des masses. Il faut faire attention au mépris affiché notamment quand on parle des électeurs qui ont voté Balkany. On fait juste une opération dans sa tête, Balkany c’est un peu moins de 1% de la population française qui a voté pour lui. Il ne faut pas s’enfermer sur ce que 43 000 personnes engagées ont dit et en faire des conclusions sur ce que les Français attendent. Car les derniers chiffres qui sortent c’est 37% pour le Front national incarné par une personne mais aussi où les gens votent pour des propositions qui peuvent être nauséabondes mais qui sont des propositions. Donc ces 37% là sont des gens qui ont des bras, des coeurs et qui aiment leurs enfants et il ne faut pas les écarter et les exclure de ce type de mécanique, ce qu’on aurait peut-être un peu tendance à faire quand on ne les regarde pas avec beaucoup d’amour.

AS : Sur Balkany il ne s’agit pas des résultats de la consultation Change.org c’est mon avis citoyen. Sur le reste je suis d’accord avec vous et il est délicat de savoir ce que les gens pensent. Mais sur le terrain il y a une véritable envie. Je prends l’exemple dans mon département, Guérini avait été réélu comme sénateur par ses pairs mais au niveau régional au suffrage universel le couperet a été très fort et il n’a pas pu reprendre la présidence. Je ne méprise pas les électeurs de Balkany mais je pense qu’il y a un désir de changement de système politique pour plus de transparence et d’honnêteté et que certains candidats ne pourront pas s’y retrouver.

GP : Ce qui est intéressant ce n’est pas de voir ce qui nous sépare mais aussi ce qui nous réunit. Il y a pas mal d’électeurs dits d’extrême droite qui ont participé à cette consultation. Ils sont pas minoritaires, il y a un certain nombre. Ce qui me réunit avec eux c’est que moi aussi je voudrais participer plus, que les pétitions que je poste sur Change.org aient un vrai impact politique, je voudrais voter pour un candidat qui est plus indépendant des logiques institutionnelles. Donc ça ça nous rassemble après on peut avoir des avis différents sur différentes thématiques mais si ce qui nous rassemble c’est d’avoir un débat démocratique plus ouvert c’est déjà pas mal.

Change.org, est-ce que vous vous attendez à avoir plus d’inscrits ?

SD : Quand on a commencé en 2012 on avait 60 000 utilisateurs Français qui utilisaient la plateforme en anglais, mais on est en quelques années monté à 8 millions. Je ne pense pas qu’on ait atteint un plafond mais notre nombre d’utilisateurs va grandir moins vite. On a acquis des utilisateurs qui se sont plus facilement retrouvés dans notre plateforme et l’enjeu pour 2017 c’est d’aller chercher des gens qui ne se sentent pas représentés et qui ont l’impression de ne pas avoir de voix. Cela sera plus difficile mais il y a une opportunité à saisir de retrouver ces personnes. Ce qui est très important c’est que la grosse majorité de nos utilisateurs qui nous rejoignent le font via des pétitions locales très spécifique comme l’accueil des enfants handicapés à l’école et les questions de sécurité locale, et en ayant rejoint la plateforme sur une question locale ils vont avoir l’opportunité de participer à ces pétitions et débats nationaux pour la présidentielle.
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Written by
Sarah Durieux
décembre 8, 2016 3:27