Droits des femmes

Comment une étudiante a lancé l’alerte sur la toxicité des tampons

En 2015, Mélanie Doerflinger, étudiante de 20 ans, découvre dans la presse le récit de la jeune mannequin Lauren Wasser, amputée de la jambe car victime du syndrome de choc toxique provoqué par l’utilisation de tampons.

Choquée et inquiète, Mélanie décide de s’intéresser de plus près à ce problème. En cherchant sur les paquets de tampons et serviettes hygiéniques la substance nocive qui pourrait être à l’origine du choc toxique, la jeune étudiante découvre qu’en fait, la composition de ces produits hygiéniques ne figure nulle part. Pourquoi ? Nous cache-t-on quelque chose ?

“J’ai cherché à en savoir plus sur les tampons et aussi les serviettes hygiéniques en faisant mes courses. J’ai constaté qu’aujourd’hui, nous les femmes, ne pouvons pas savoir ce que contiennent ces produits. C’est à ce moment là que j’ai décidé de lancer une pétition sur Change.org”, explique-t-elle.

Parce qu’elle exige des réponses, la jeune étudiante décide de prendre ce problème à bras le corps. C’est le début d’un long combat qui prouve que grâce à la mobilisation citoyenne, David peut faire vaciller Goliath.

Rassembler sur un sujet jusque-là méconnu

Avant 2015, l’absence totale de transparence sur ces produits d’hygiène féminine n’avait jamais fait les gros titres. La majorité des femmes n’étaient d’ailleurs pas du tout consciente qu’à la fois les tampons et les serviettes hygiéniques pouvaient représenter un potentiel danger pour leur santé. Les politiques ne s’étaient jamais emparés du problème.

Il fallait donc pour Mélanie trouver un moyen de mobiliser les citoyens pour pouvoir alerter l’opinion publique et les politiques et surtout obtenir des réponses de la part des fabricants. Sa pétition sur Change.org lui donnera ce pouvoir.

Naissance rapide de la mobilisation

Lancée le 29 juin 2015, la pétition prend de l’ampleur très rapidement et commence à faire du bruit, tellement de bruit que les médias commencent à en parler: télévision, presse écrite, web..Le débat est lancé.

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Mélanie est sur tous les fronts, ce qui lui permet d’alerter massivement l’opinion publique et les politiques et surtout de faire réagir la marque Tampax, qu’elle cible dans sa pétition. La marque répond à Mélanie et ses signataires que si la composition des tampons n’est pas présente sur les paquets c’est parce qu’il n’y a pas de place. Une réponse qui a scandalisé les signataires de la pétition et n’a fait que renforcer la mobilisation.

“Suite aux vives réactions des signataires, la marque n’a plus jamais voulu s’adresser à moi. En novembre 2015, après que les signataires ont mis la pression à Tampax, celle-ci a bien voulu donner quelques informations floues concernant la composition de ces tampons sur son site et sa page Facebook. Cela fut sa seule intervention publique à ce sujet, depuis, elle reste silencieuse”, explique la jeune étudiante.

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Mélanie commence donc à envoyer des courriers à toutes les institutions possibles notamment à la ministre de la santé Marisol Touraine, à l’OMS ou encore à la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire. Une détermination sans faille qu’elle partage régulièrement avec ses signataires et qui a fini par payer.

La ministre de la santé Marisol Touraine annonce dans un premier temps qu’elle lance des investigations afin de savoir à quelles législations se soumettent les industriels des produits hygiéniques, mandate le centre antipoison de Nancy afin de faire des recherches sur les tampons de la marque Tampax et s’engage à porter l’affaire à la Commission européenne. Une première réponse qui rend Mélanie optimiste.

Le 10 mars 2016, elle est reçue au ministère de la Santé.

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Sa demande est claire : il faut une législation au niveau européen pour que la transparence de la composition soit garantie et que les tests sur les produits soient les mêmes que ceux auxquels sont soumis les dispositifs médicaux.

Le combat continue

Aujourd’hui, Mélanie et ses plus de 250 000 signataires n’ont pas encore obtenu gain de cause. La marque reste toujours silencieuse mais Mélanie reste mobilisée et optimiste. Le 8 mars dernier, lors d’une conférence organisée par Change.org dans le cadre de la journée des droits des femmes, elle prenait à nouveau la parole.

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Grâce à la mobilisation créée par Mélanie, les politiques se sont également emparés du sujet. En février dernier au parlement européen, Karima Delli, la députée EELV, a tenu à rappeler la dangerosité des produits toxiques dans les tampons.

Enfin, Il y a quelques semaines, le débat autour du choc toxique et de la composition a été relancé quand le CHRU de Lyon a alerté la population sur la recrudescence des chocs toxiques liées à l’utilisation de Tampons. Pour faire avancer la recherche et mieux comprendre le mécanisme du choc toxique, une collecte de tampons a même été lancée.

Mélanie de son côté, reste optimiste. Le ministère de la santé lui a fait savoir que selon la Commission européenne, il n’y a pas de données scientifiques qui puissent justifier la fabrication d’une réglementation et que donc le gouvernement français allait lancer des procédures permettant d’avoir ces données.

“J’étais simplement étudiante et aujourd’hui, grâce à ma pétition, un sujet intime qui concerne toutes les femmes va enfin avoir une véritable considération aux yeux de tous. Internet donne ce pouvoir à chacun. A présent, j’ai bon espoir que la situation change.”

Naïma Benallal

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Naïma Benallal
novembre 4, 2016 5:22